Finlande, la débâcle – Tentative de traversée Sud Nord

premiere Finlande

Un voyage est mémorable quand il est ponctué d’imprévus, je fus servi.

L’idée de départ était de partir du sud de la Finlande, au plus proche de la côte vers Kotka ou Hamina et de remonter à pied et à ski jusqu’au cap nord en longeant la frontière russe. La distance à vol d’oiseau est de 1400km, avec les aléas du terrain je compte 2000km et prends 2 mois et demi.

J1, 1er décembre: Mon vol part à 6h de Paris du vieux terminal 1, j’y passe la nuit, terrible, il est préférable de se rendre au terminal 2 et de revenir au 1 ensuite. Passage à Copenhague, 5h d’attente sous la canopée.

 

A Helsinki, mes skis ont préféré différer leur arrivée sans donner plus de nouvelle. Je pars chercher le gaz et les cartes au centre commercial Jumbo à 2,5km (adresse: Valuuttakatu 01510 Vantaa), la boutique outdoor s’appelle Partioaitta, pas de soucis pour trouver des cartouches de gaz de toutes tailles mais le choix est plus limité en carte. Pour ces dernières, le mieux est de se rendre à la librairie un étage en dessous, Suomalainen Kirjakauppa. Je repars avec 2 cartouches de 750g et des cartes jusqu’à Inari.

Retour à l’aéroport, retrouvailles avec les skis. Il est tard, je discute de la météo avec un policier: pas de neige sur la côte, pluie en prévision, il me conseille de partir un peu plus au sud. J’opte pour Imatra. Plus de transport à cette heure là, je reste à l’aéroport.

 

J2: La gare la plus proche de l’aéroport est celle de Tikkurila, un bus régulier s’y rend. Une erreur sur le choix du quai du train me permet de découvrir les campagnes à l’ouest d’Helsinki, visage dépité du contrôleur à la vue de mon billet, 2h d’attente dans une gare moche.

Milieux d’aprem à Imatra, le tapis blanc est bien là, le projet peut débuter. Mais pas de beaux sentiers dans la région, pas grave, demain je devrais pouvoir skier sur les petites routes secondaires comme j’avais pu le faire l’hiver dernier en Norvège. Marche forcenée au bord des grands axes pour quitter la civilisation. Le sac chargé de 9kg de nourriture et des skis m’éclate le dos, pas encore habitué à ses 20kg.

Contrôle des douanes « stop here » « who are you » « what you do » et photo souvenir de ma tête pour transmission aux collègues. La nuit tombe, sous les lampadaires, je continue, aller le plus loin possible pour rejoindre la campagne et les itinéraires secondaires peu fréquentés.

Un petit espace à peu près plat au milieu des arbres, damer la neige, en récolter et la stocker dans l’abside. Tourner de fonte pour le repas du soir et pour repartir avec au moins 2L demain.

Oui, une et unique photo moche pour cette journée, encore trop incertain sur l’autonomie de mon téléphone/APN et trop concentré sur l’unique désir de quitter les agglomérations au plus vite.

J3: Réveil dans une flaque, brouillard dehors, dans la tente aussi. Une fine pluie est tombée toute la nuit et a rincé bien la moitié de la neige. Plier et remettre dans le sac ce tas de flotte, marcher sur ces routes détrempés, une voiture à l’heure, c’est peinard. Mais c’est long. Continuer, manger la madeleine mise dans la poche le matin. Le sac est trop chiant à poser avec les skis dessus obligeant à trop de manip pour attraper quoi que ce soit. L’impression de voir la neige fondre à mesure que j’avance. Les forêts, le calme, des lacs parfois. Fait chaud dans ce pays, difficile de supporter la polaire, la veste est depuis longtemps dans le sac.

J’arrive à la conclusion que je n’ai rien à faire ici. A ce rythme, j’aurais épuiser mes réserves de nourriture avant de chausser les skis. Je lève le pouce. Le rythme des voitures n’a pas augmenté et prendre un auto-stoppeur ne semble pas dans les moeurs locales. Quand il passe une voiture toutes les 20minutes, chaque refus rend aigri.

Je marche toujours, pas question de s’arrêter, chaque chemin perpendiculaire passé est la chance d’avoir une voiture de plus. La nuit tombe après deux petits bons motorisés entrecoupés de quelques kilomètres de marche. De nouveau à pieds, de nouveau à marcher pour rejoindre le nord. Enième essai de stop à essuyer tous ces refus, cela énerve. Mais quand le dernier conducteur m’invite à dîner avec sa femme, ces 3 enfants, m’offre le sauna en dessert et des contacts pour dormir plus loin, ça remonte le moral !

J4: Stop jusqu’à Joensuu et bus pour Llomantsi, prise d’information au centre touristique (carte + enneigement), je marche jusqu’à Kaenkoski. Une bonne partie sous les étoiles, la nuit occupe les 2/3 de la journée. L’hotel « Erämatkailukeskus Käenkoski Oy » est encore ouvert, je prends une boisson et il m’offre la possibilité de dormir dans le tipi en bois qui trône dans le jardin, parfait.

J5: Toujours la nuit au départ, je rejoins Naarva à une quinzaine de kilomètre et en fait quinze de plus pour atteindre le laavu (abri ouvert) de Katajakoski. Je suis crevé et manque de m’immoler. Le réchaud a libéré une flaque de gaz liquide à coté de moi, ça pue et comme si c’était de l’alcool, je me dis qu’en la flambant, cela va la faire disparaitre vite fait… Dès que le briquet craque, je suis entouré d’une boule de feu gigantesque, elle se volatilise dans la seconde en ayant fait disparaitre un sac de stockage, des sacs plastique de nourriture et une partie de ma jupe isolante… J’arête tout et vais dormir, fini les conneries pour aujourd’hui.

J6: Longue journée de marche, les skis sur le dos sont toujours aussi chiants. Je rejoins le trail Karhunpolku Teljo – Patvinsuo qui serpente dans la forêt et longe des lacs gelés. Le silence est total, personne n’arpente les bois à cette saison. Il manque peu de neige pour pouvoir skier ici, mauvaise saison. La nuit s’installe lorsque je pousse la porte de la cabane de Pitkajarvi. Elle s’ouvre sur cet intérieur simple mais tellement chaleureux, deux lits, une petite table, une fenêtre donnant sur le lac et dans l’angle, le poêle. A l’extérieur, quelque pas amènent à une cabane de taille généreuse abritant le sauna. Que c’est bienvenu… Dans 20 minutes il sera chaud, petit thé en attendant, voila mon bonheur.

J7: Départ tardif, 30km à faire. J’arrive à chausser les skis mais le rythme est lent, beaucoup de végétation et le trail est difficile à suivre. Il chemine étroitement entre les arbres et la neige recouvre toute indication. 10km en 4h. Puis la pluie s’invite, la neige se transforme en soupe épaisse et commence à coller sous les skis.

J8: Pluie, neige fondue, eau liquide partout, 12km de marche jusqu’au centre information de Ruunaa mais pas un chat. Stop difficile jusqu’à Lieksa, visite de nuit du musée en plein air, étonnant, il vaut le détour.

J9: Stop jusqu’à Nurmes. 3 ou 4 trajets en voiture, beaucoup de marche. Le dernier type sympa à me prendre m’invite chez lui, un fermier barbu, on passe 2h dans son sauna à papoter avant qu’un de ses enfants me laisse sa chambre pour y dormir…

J10: Visite de Sotkamo avec le fermier, il s’enlise dans la neige en voulant me montrer le haut des pistes de ski. Une dameuse nous sort de là. Bus jusqu’à Kuusamo, bivouac dans la forêt.

J11: Visite en attendant le prochain bus qui part le lendemain, l’idée est de rejoindre le parc Urho Kekkosen plus au nord et de le traverser.

J12: Le chauffeur s’arête sur les petites routes de campagne pour amener des provisions et les journaux au personnes âgées isolés. 20h55, Savukoski. Marche sous la neige, trop chaud, sortir des endroits éclairés, bivouac dans un petit bois de bouleaux.

J13: Ca glisse bien, il neige toujours un peu. Départ à 8h30 et arrivé à Martti à 13h après 26 ou 28km de ski. Vague de froid, ce n’est plus les skis sur le dos qui empêche de faire des pauses, c’est l’inconfort de se refroidir aussi rapidement. Encore une bonne vingtaine de kilomètre, qu’il est agréable d’avancer aisément. De nouveau le bivouac est posé de nuit: tasser un peu la neige, monter la tente, lancer le réchaud pour faire fondre de la neige et obtenir les 3L nécessaire au repas du soir et à la journée du lendemain.

J14: Footbox gelée, beaucoup de condensation car aucun vent. 45km à faire aujourd’hui pour rejoindre une cabane. Vu un renard. Difficile d’avancée vers la fin, neige collante, difficile de s’orienter aussi, chemin non marqué. La cabane est superbe et le poêle fonctionne à merveille. Faire sécher les affaires, bien manger, profiter des oreillers ! Gros travail de carte pour savoir où passer ensuite.

J15 et 16: Se réveiller le matin en trouvant des braises dans le poêle, remettre un peu de bois, la chaleur qui se répand rapidement. Il neige à gros flocon dehors, la vague de froid n’aura pas duré longtemps. L’orientation est toujours peu évidente dans les bois avec une visibilité limitée. Enfin une trace de moto-neige ! Ca change vraiment tout, glisse tranquille dans les bois. Mais cela n’empêche que le manteau neigeux fond à vue d’oeil et que toutes les rivières sont ouvertes.

J’ai perdu une moufle, aucun souvenir de quand, obligé de faire demi-tour. C’est l’évènement de trop, celui qui pousse à vraiment réfléchir, j’ai les prévisions météo en tête, la situation n’est pas prête de s’arranger.

La suite bientôt !

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