Ski de rando: bivouacs au Dôme du Goûter (4304m) et au Mont Blanc (4810m)

premiere mt blanc

Liste d'équipement

Récit

La météo est annoncée médiocre depuis plus d’une semaine. Puis au dernier moment, un créneau à l’air de se dessiner, certains sites annoncent des éclaircies en matinée. Il faut tenter le coup. Nous partons avec Yann en début d’aprem de Bordeaux pour rallier Chamonix.

L’idée est de bivouaquer en altitude et nous cherchons donc à nous acclimater. Pas évident de trouver un col haut et proche de notre destination. Nous arrivons de nuit à celui de Pierre Carrée à 1843m et en suivant une petite route qui nous inspirait, nous finissons sur le practice bien plat du golf de Flaine.

Préparation des affaires le lendemain matin. Nous ne savons pas trop ce que nous voulons faire ni combien de temps nous prévoyons de rester la haut, nous prenons large.

Embouteillage pour atteindre l’entrée du tunnel Chamonix/Courmayeur. Nous laissons la voiture au parking du Cerro, 1274m. Les sacs sont lourds mais la Norvège à transformer notre rapport au poids, surtout pour moi. Porter les 20kg du sac ne me dérange pas plus que ça.

Sac en mode sapin de Noël..

Petite pause à la première station de téléphérique désaffectée.

Puis le cheminement devient un peu plus drôle entre buissons et neige.

Celle ci devient permanente à partir de 2100/2200m. Skis aux pieds, nous approchons de la seconde gare de téléphérique, celle des Glaciers.

Le temps s’est couvert et un mélange de pluie et de neige nous accompagne. Il est encore tôt mais nous commençons à être trempés, nous optons pour un bivouac au sec. Quelques péripéties plus tard pour accéder au haut de la station et trouver un coin où dormir, nous avons une superbe aire de bivouac à 2414m avec vue sur la vallée.

Nous partons au levée du jour, pas une trace au début puis deux skieurs nous dépassent et nous font l’itinéraire dans la neige vierge.

Nous passons sous le refuge des Grands Mulets puis nous bifurquons à 3200m vers l’itinéraire de la Voie Royale. Apparemment un peu plus difficile mais beaucoup plus sur car non exposé aux chutes de séracs.

Itinéraire de descente.

La pente est forte, si bien qu’à 3500m nous devons quitter les skis (et les porter…) et opter pour piolet crampons. Un peu plus de 300m de dénivelé à faire ainsi. Nous progressons chacun à notre rythme, pas mal de petites pauses, l’altitude se fait sentir.

Yann est vidé physiquement, je le vois avancer au moral, il a la niaque malgré sa grimace, c’est bon de voir ça !

Mon coeur bat anormalement vite mais pas de soucis de souffle, sensation étrange.

L’aprem se poursuit, l’envie de s’arrêter et de bivouaquer commence à se faire sentir.

Vers 4000m, nous avons remis les skis et il y a là un replat parfait pour dormir. Quelques paroles échangées, nous devrions pouvoir continuer. Par contre, nous n’avons plus d’eau depuis assez longtemps. Pause fonte de neige, on se force à manger un bout.

Les micro-pauses s’enchainent mais nous continuons de progresser, chacun dans sa bulle.

Arrivée au col du Gouter, la visibilité est toujours mauvaise mais parfois un trou dans les vagues de nuage nous laisse profiter du décor.

Le sommet du Gouter est là, juste en haut de cette butte. Ce serait beau de dormir la haut.

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4304m, nous y sommes. Terrassement, montage de la tente, aspirine pour tous les deux.

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Tournée de fonte, nous mangeons peu, envie de dormir.

En début de soirée les nuages se dissipent, juste en face de nous, il est là…

Non vraiment, une tente 3 places, c’est juste suffisant… Apres quelques grognements, je récupère 30cm de matelas.

Nuit assez mauvaise mais nous sommes tout de même en forme, merci la grasse matinée. Léger mal de tête persistant, tant que cela en reste à ce stade, c’est bon.

Redescente au col, je fais un vol presque plané majestueux, ok, la poudreuse, c’est particulier.

Dôme du Goûter derrière nous, nous arrivons à l’abri Vallot à 4367m, ski sur le dos, on entame l’arrête des Bosses en piolet crampons.

Dessous les séracs, la descente que nous allons emprunter.

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Comme la veille, pas de difficultés techniques, c’est juste raide et bien glacé à certains endroits, cela nous permet de ne pas rester l’un derrière l’autre, chacun peut progresser à son rythme sur cette arête assez longue.

Nous sommes dans les derniers à monter, comme au Dôme des Ecrins, nous avons une petite idée, et si nous dormions la haut ?

Arrivée au sommet, rien de plus haut à l’horizon, je profite. C’est un endroit paisible.

Je commence à m’activer pour créer le petit espace plat nécessaire à notre bivouac, Yann arrive et nous plantons la tente sur le sommet désert à 14h.

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Contrairement au bivouac au Dôme des Ecrins qui avait été précédé d’une semaine pas loin des 4000, là nous n’avons aucune acclimatation à l’altitude, notre état s’en ressent. Nous connaissons les symptômes du MAM et il nous serait aisé de redescendre, nous jugeons que nous allons assez bien pour rester là encore quelques heures, on verra pour la suite.

La vue comme on l’imagine est incroyable, notamment sur les sommets du Mont Rose et le Cervin. Tout proche, le Mont Blanc du Tacul et le Mont Maudit, nous avions dans l’idée de descendre les voir et de remonter au Mont Blanc mais finalement rester la haut nous va bien.

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Nous avons emporté un livre chacun, nous lisons un peu, dormons, mangeons, puis on regarde le paysage, puis on recommence.

Le vent se lève à 16h, la tente a été haubané tant bien que mal mais elle bouge beaucoup. La neige commence à s’infiltrer dans la tente à travers la moustiquaire. Saupoudrage en continue sur le visage, impossible d’y échapper, cela s’immisce partout. Et ce bruit permanent. Habitué à avoir un coeur qui bat très lentement, là haut il tambourine sans cesse, ça en devient pénible.

La tente va t’elle tenir ? En tout cas, avec toute la neige qui rentre dedans, elle s’ancre toute seule.

Plus envie de réfléchir, juste se recroqueviller, arrêter de se prendre des flocons dans la figure, trouver un moyen pour continuer de respirer, et ce boucan qui s’arrête pas.

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Se retourner, sentir l’humidité et le froid de la neige, prendre une autre position, enfin la nuit.

Vers 3h, le vent s’apaise, nous aussi, un peu. Il y a de la neige partout. Quand est ce que le jour se lève ?

Rayon de soleil, nous entendons le cliquetis des premiers ascensionnistes. Pas loin d’un mètre cube de neige a envahi l’abside. Malgré tout nous avons la forme.

Skis aux pieds, tout au sommet, je n’en mène pas large.

La veille nous avons pu observer la face nord par laquelle nous allons descendre, longue et pentue mais grandiose. Yann part devant, la neige est un mix d’endroits durs et plus poudreux, c’est mieux pour moi que de la poudreuse épaisse. Yann à le sourire, on prend notre temps. Les séracs immenses, les grottes, la vue, c’est sublime.

Je me prends quelques pelles sans gravité. Juste histoire de me remettre à ma place quand je prends trop confiance.

La première grosse partie est terminée, nous sommes sous le col du Gouter, un grand espace plat à l’abri des chutes de sérac nous permet de faire une pause.

Nous continuons sous le soleil jusqu’au refuge. Un peu plus loin, nouvelle pause, c’est qu’elle est longue cette descente, 2500 D-.

J’apprends sur le tas, Yann me conseille comme il peut. En tout cas, c’est extrêmement plaisant de descendre ainsi, beaucoup plus qu’à pattes !

Retour à la gare des Glaciers, l’Aiguille du Midi au dessus de moi:

Et Yann en descente avec vue sur Chamonix:

Nous déchaussons peu après, finalement nous passons au même endroit qu’à l’aller, nous aurions pu laisser les baskets là au lieu de se faire tout le trajet avec !

Descente tranquille, nous reparlons de cette nuit mémorable. Vu les autres bivouacs pourris que nous avons passé ensemble, Yann n’est pas sûr que ce soit le pire de tous, moi j’en suis presque persuadé !

Sacrée sortie.

PS: Nous pensions que l’interdiction de dormir vers le Mont Blanc n’avait cours que lors des périodes d’affluence estivale. Ce n’est pas le cas. Dormir la haut est interdit, des gendarmes veillent et une amende est possible. Quoique l’on pense de cette interdiction, le fait est que c’est le cas. Notre expérience n’est bien sur pas à reproduire et elle nous permet justement de rappeler que c’est impossible de dormir en dehors des aires aménagées autour des refuges.


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