Boucle de 14 sommets dans le massif du Mont Perdu

Premiere boucle Pyrénées redim

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Récit

Samedi 16 aout au soir: après une longue route sinueuse jusqu’à Torla en Espagne, j’apprends qu’il est impossible de dormir au parking de la Pradera dans la vallée d’Ordesa seul le bus peut s’y rendre. Pas grave, je me gare à proximité du camping de San Anton.

Levé tranquille à 6h, prêt à 7, la voiture est fermée, je déplie un bâton, l’autre est bloqué. Rien de grave, suffit de tirer fort, mfppffff.. je déchausse la pointe du tube.. merde. Ok, tirer sur le moignon restant, rien. Essai à la pince, rien. J’asperge le tout de WD40, rien. Pousser le morceau vers l’intérieur peut être ? Pas mieux. Dernier essai à la pince, pas grave si le bâton y reste, yes, décoincé. Bout de tube dégraissé, séché et enduit de super-glue, la pointe est de nouveau en place. Départ à 8h.

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Finalement je n’ai pas à suivre la route, le GR11 monte au parking par le flanc nord.
Les falaises d’Ordesa émergent de temps à autre du rideau d’arbre.

La remontée de la vallée est paisible, on sent que la majorité opte pour le bus.. 😉

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Comme prévu, cela se gâte au parking de la Pradera, chemin fréquenté et aménagé, le paysage compense malgré tout.

Arrivé au refuge de Goritz peu avant 12h direction le col de Goritz à 2329m où je compte bifurquer vers le nord-est pour rejoindre la Punta de Las Olas.

Bon rythme, j’émerge de mes pensées, un coup d’oeil sur l’alti, 3000m, merde. Je suis au lac gelé entre le Mont Perdu:

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Et le Cylindre:

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Bon, pas envie de changer le programme, je décide de partir au sud-est pour essayer d’atteindre le dessous de la pointe de Las Olas. Arrivé devant une paroi qui m’inspire, j’espère avoir assez contourné pour tomber proche du Soum ou de la Punta. Pas ou peu de cairn, une corde apparait.

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Je m’engage dans la cheminée et continue de grimper pour finalement arriver au sommet du Mont Perdu…

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Le Cylindre dans les nuages, le Soum de Ramond et le Baudrimont Ouest en contre bas à gauche:

J’aurais au moins évité le pierrier foireux et de repasser deux fois au même endroit.

Direction le col du Mont Perdu au sud-est. Derrière, un important névé assez pentu.

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J’en descends une bonne partie (égayé de deux arrêts glissades au bâton) jusqu’à pouvoir prendre pied sur les rochers. Le Baudrimont Ouest nécessite de continuer sur le névé, je n’insiste pas. La pente d’éboulis qui mène au sommet du Soum de Ramond a l’air plus accueillante.

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Vue sur le Mont Perdu

Les deux Baudrimont, on distingue bien les arrêtes d’accès (à gauche et au centre pour la seconde) et derrière la vallée

Descente du Soum par la même voie et direction le Baudrimont Est. L’arrête est facile tout en ayant un peu de sensation.

Baudrimont Ouest et névé qui mène au col du Mt Perdu

Descente puis direction la Punta de Las Olas.

 

Bivouac entre le Baudrimont Est et le Soum de Ramond.

Le vent secoue le sdc, l’aplatit d’un coté pour le relancer de l’autre, désagréable. Construction d’un muret, 1h de sommeil mais rien n’y fait, avant qu’il fasse nuit noir, je vais me planquer dans un trou sous une roche repérée non loin, re-empilage de pierres à l’entrée. Peu plaisant dans le froid et dans la pénombre.

Réveil à 6h20, départ à 7h pour le Baudrimont Ouest.

 

L’arrête est agréable sous le soleil, peu de difficulté mais chute proscrite.

Le névé qui a eu raison de la peau de mes genoux !

Re-ascension jusqu’au du col du Mont Perdu. Je repasse au sommet puis me dirige au lac gelé en trottinant dans le pierrier foireux, content de ne pas l’avoir gravi.

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Plein d’eau effectué au lac ainsi que le nettoyage des écorchures diverses, le pantalon ne me manque pas pour autant 🙂
La montée par le pierrier du Cylindre est évidente. Arrivé en haut, la cheminée. Pas de difficulté particulière, le passage est coté PD-.

p1400401-copiePhoto de Yann

Un peu de marche avant d’arriver au sommet, vue sur le Mont Perdu avec le pierrier d’accès juste à gauche de la crête centrale:

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Pause au sommet du Cylindre du Marboré

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Sur les topos il est indiqué de descendre pour rejoindre la sente passant sous l’immense crête reliant le Marboré au Cylindre. Pas un seul instant j’interprète cela comme faire demi-tour et passer au même endroit qu’à l’allée, je me mets donc en quête de la voie de descente. Tache ardue dans les nuages.

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Je vais tout au nord et commence à désescalader. Les pierres bougent beaucoup et les éboulis dégringolent avec moi où que je pose le pied, signe possible que personne n’est passé par là depuis un bout de temps. Tant que je peux faire demi-tour c’est ok. Mais plus je descends plus cela devient périlleux.

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Apres une énième désescalade foireuse, une partie bien à pic et trop lisse pour être l’itinéraire normal, j’abandonne. Petit coup d’adrénaline, reprise de souffle et remonter doucement..
Retour au sommet du Cylindre, j’inspecte un peu par tout et rien ne me parait cohérent, c’est plein d’éboulis bien pentu. De derrière un rocher m’abritant du vent, j’appelle Yann. Pas de réponse. Bon, plein ouest la désescalade parait possible. Je m’engage et alterne entre la paroi et les éboulis, rien de stable, c’est chiant. Arrivé en bas de cette partie, toujours pas de cairn et le bas a l’air encore loin.

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Traversée d’un pierrier instable qui se finit par un à pic et comme en haut, je cherche une voie de descente. Rien de bien attrayant mais obligé de continuer. A l’extrémité sud une gorge où de l’eau s’écoule. Pas trouvé mieux, désescalade sympa en prévision. La pierre est glissante, mes chaussures se remplissent d’eau, entre deux appuis précaires, je remonte mes manches trempées et j’essaye de réchauffer mes doigts, une main à la fois. Pas glisser, pas tomber, bien souffler.
J’atteins enfin le dernier pierrier, celui qui me permet de rejoindre la sente qui va au Marboré. Je me retourne et regarde de là où je viens, je fais tourner la sangle de l’appareil photo et renonce, je ne veux pas de souvenir (*).

Le vent est toujours bien présent au sommet tout plat du Marboré 🙂

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L’idée est de descendre au col d’Astazou pour faire ces deux 3000 (Petit et Grand Astazou), direction le nord pour atteindre la crête qui y mène. Sauf qu’elle ne m’inspire pas, le rocher à l’air merdique, cela alterne entre terrasse et pans assez raides. Sans l’expérience précédente et avec une météo plus clémente, pourquoi pas, mais là, non. Retour au sommet du Marboré et descente au Pic Oriental de la Cascade

DSCF2722Vue sur les 3000 à venir.

Puis au Central

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Ce dernier, si on veux éviter de revenir sur ces pas, demande une désescalade pas trop difficile mais toujours en mauvais rocher:

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Puis passage à l’Occidental avec vue sur les précédents sommets et le Cylindre dans le fond.

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Puis l’Epaule du Marboré.

A la lecture des topos, on dirait qu’il existe une voie pour descendre directement au col de la Cascade. Je ne trouve rien et surtout je ne veux rien tenter, j’en suis donc quitte pour un grand détour qui me ramène quasiment dessous le Cylindre.

 

La Tour du Marboré:

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Vu de là où je viens depuis le sommet, le col de la cascade au centre:

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Le Casque, il parait imprenable:

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Comme décrit sur les topos, pour descendre de la Tour, il suffit de prendre la cheminée à l’ouest. Sauf que sur place, il n’y en a pas qu’une et surtout il y a des cairns un peu partout n’indiquant rien de clair. Sauf qu’un cairn, où qu’il soit, ça donne confiance.

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C’est reparti pour la désescalade. L’accès à la langue de neige est compliqué dû à sa pente et à la jonction avec la roche formant une brèche. En me tenant au rocher, je taille une marche avec la pointe de ma godasse de façon à pouvoir grimper sur la neige sans partir en glissade. Une fois dessus, j’agrippe mes deux bâtons ensemble au plus près de la pointe et commence une ramasse. J’aurais aimé pouvoir effectuer la jolie, celle où on se tient debout face à la pente mais je dois opter pour la version recroquevillée, pieds perpendiculaires à la pente… Apres quelques dizaines de mètres, la pente s’accentue encore. Je rejoins la roche où je désescalade jusqu’à retrouver la neige. Nouvelle ramasse bizarroïde jusqu’au pierrier en contre bas. Plus qu’à tirer tout droit pour aller au pied du Casque. Montée sans difficulté finalement.

Au sommet du Casque, la vue splendide:

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La Tour avec la voie de descente au centre (d’où je viens):

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Je contourne le Casque par le Pas des Isards et me dirige vers la Brèche. Le Taillon au loin.

 

Rencontre avec deux suisses. Ils ont également eu des difficultés à trouver la voie de descente de la Tour et confirment les cairns erratiques.

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Arrivé à la Brèche de Rolland, petite pause. La météo selon les suisses va se dégrader demain, j’opte donc pour l’aller retour au Taillon dès aujourd’hui, tant pis pour les Gabiétous que je voulais faire en enchainant via le Taillon le lendemain.

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Pas de répit avec les nuages, cela reste assez bouché.

11eme sommets de la journée, comme à tous, je suis seul 🙂

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Descente.

Il commence à pleuvoir, j’accélère un peu en repassant devant la grotte où est posée la plaque « Joannes Shmidt est mort foudroyé ici ». Moi qui comptait dormir dans celle de la Breche de Rolland.. Si ça reste de la pluie, c’est ok, mais si il y a un peu d’orage, faudra que j’aille voir ailleurs.

Le temps change vite, premier éclair, sacré coup de tonnerre, je ne suis même pas encore arrivé à la Breche, merde… Je garde mon calme mais quand j’ai la lumière et le son en même temps, la situation devient merdique à souhait.

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Qu’une solution, rejoindre le refuge des Sarradets au plus vite. Je ressens la peur comme rarement, l’impression de pouvoir y passer d’un moment à l’autre sans pouvoir rien y faire, désagréable.
L’avantage, c’est que je n’ai plus qu’une seule idée en tête et que tout mon corps fait en sorte qu’elle se réalise. La fatigue pesante s’évanouie, le regard s’aiguise, le pied est agile comme jamais.
Je cavale dans le névé, saute de pierres mouillées en dalles glissantes tandis que la pluie cede la place aux grêlons. Du coin de l’oeil je vois zébrer les éclairs, à chacun, la même rengaine « c’est pas encore le tien, t’as encore 10 secondes ».
Le refuge est en vue, des silhouettes s’agglutinent dans l’embrasure de la porte. Je ne ralentis plus dans les virages, pas utiles, c’est grisant. Dernier névé, bâtons sur le coté pour rattraper une éventuelle glissade, encore quelques bonds et les silhouettes s’écartent, je suis à l’abri. Les jambes flageolantes, je ruisselle de toutes parts tandis que l’on me regarde bouche bée. « T’es descendu vite hein ? », « heu.. ouai ».

L’orage gronde toujours, il y a des emplacements de bivouacs dehors mais situés sous une langue de neige entrain de fondre et dans un couloir de vent, j’ai un abri ouvert, impossible de dormir dans un endroit imposé comme celui-ci. J’étudie la carte dans la salle commune bruyante pour trouver une solution:
-remonter à la Brèche pour dormir dans la grotte, bof
-aller jusqu’à la cabane du soldat en contre-bas, plusieurs centaines de D-
La nuit tombe, toujours autant de pluie, je reste au refuge. Ils annoncent la fermeture de la salle, 20m2 de sol inoccupé… Obligé de dormir entassé dans un dortoir sur 3 étages, le nez dans les pieds du type d’à coté, les genoux de l’autre dans les reins, à entendre gesticuler et ronfler dans un air vicié…
Cela colle parfaitement aux grands espaces et au silence de la montagne, comment peut on choisir ça de plein grès ?

Départ au plus vite le lendemain matin.

Arrivé au col de Boucharro, temps correct malgré des nuages sur le Taillon. Sur les topos que j’ai trouvé, il n’existe qu’une voie PD+ pour rejoindre les Gabiétous. Les divers événements et le temps mitigé me font reporter l’ascension. J’apprendrais plus tard qu’il existe une voie facile pour les atteindre soit depuis le port, soit depuis le sommet du Taillon. Donc 2 sommets à rajouter à cette boucle. Cela m’apprendra que rien ne remplace un bon livre 😉

Bujaruelo, accessible en voiture, un bon endroit pour débuter cette boucle. Ensuite il suffit de suivre le GR11.

Je rejoins la voiture en début d’aprem et opte pour un petit tour au Pic Schrader (ou Grand Batchimale (3177m)), faisable en une journée. Le soir je suis à Biados après l’heure pénible de route depuis San Juan de Plan. Nous étions là avec Yann il y a quelques mois pour faire l’ascension des Posets en ski de rando 🙂

Météo moche le lendemain, orage à 12h, journée lecture.

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Les prévisions du lendemain données par le refuge ne sont pas géniales, détérioration en début d’aprem mais la matinée est stable. Départ de nuit donc et 1h30 à la frontale

Arrivé au col, le vent et le froid sont surprenants, je dois me couvrir avec tout ce que j’ai. Le pic accroche les nuages.

Je ne trouve pas un seul cairn pour grimper sur la crête, les nuages n’annoncent rien de bon et je ne verrais rien là haut. Je mets longtemps à me décider et fais finalement demi-tour.

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Retour en trottinant, la météo est moche tous les prochains jours, fin de la balade 🙂

 

 

Liste des sommets parcourus:

Mont Perdu (3355m)
Soum de Ramond (ou Pic d’Anisclo) (3254m)
Pic de Baudrimont est (3029m)
Punta de Las Olas (3002m)
Pic de Baudrimont ouest (3045m)
Cylindre du Marboré (3328m)
Pic du Marboré (3248m)
Pic Oriental de la Cascade (3161m)
Pic Central de la Cascade (ou Pic Brulle) (3106m)
Pic Occidental de Cascade (3095m)
Epaule du Marboré (3073m)
Tour du Marboré (3009m)
Le Casque (3006m)
Pic du Taillon (3144m)

 

(*) Itinéraire de descente du Cylindre du Marboré et de la Tour:

Itinéraire descente Cylindre Itinéraire descente Tour du Marboré

 

3 réflexions sur “Boucle de 14 sommets dans le massif du Mont Perdu

  1. Mouai, ben déjà que je n’ai pas le niveau d’envisager cette boucle, mon horreur des pierriers m’aurait convaincue de laisser tomber… Trop casse gueule pour moi. Chapeau, et merci pour ces belles photos !

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    • Car pour la boucle je ne les avais pas 😉 Ma veste imper est équipée de passe-pouce, ce qui est suffisant la plus part du temps en 3 saisons. Par contre effectivement j’en ai pris une paire pour le Schrader. De là à conclure qu’ils m’avaient manqué les jours d’avant, il n’y a qu’un pas !

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